Biodiversité Nutritionnelle

Diversité alimentaire & biodiversité

🌾 Alimentation & Nutrition — Territoire 1 « Comprendre les aliments » — sous-page 5/5

Les citations [n] renvoient à la section « Références scientifiques » en fin d’article.

Pourquoi manger varié compte plus qu’on ne le pense

Deux poissons, deux variétés de pommes de terre, deux légumes verts : au sein d’une même catégorie d’aliments, les profils nutritionnels peuvent être différents.

Comprendre cette diversité — entre les groupes d’aliments, mais aussi au sein d’un même groupe — permet d’aller plus loin que le simple conseil « mangez varié ».

Dans cette page, nous allons explorer :

  • pourquoi la diversité alimentaire est un indicateur de qualité de l’alimentation ;
  • la différence entre diversité entre les groupes d’aliments et diversité au sein d’un même groupe ;
  • ce que montrent les recherches sur les différences de composition entre espèces et variétés ;
  • pourquoi la biodiversité alimentaire constitue également un enjeu pour les systèmes alimentaires ;
  • ce que l’on peut réellement dire du débat bio / conventionnel ;
  • comment appliquer concrètement ce principe au quotidien ;
  • et ce que cela signifie pour une alimentation sans gluten.

1. Pourquoi la diversité alimentaire est-elle si importante ?

La diversité alimentaire désigne la variété des aliments consommés, notamment à travers le nombre de groupes d’aliments et, selon les indicateurs utilisés, la variété au sein de ces groupes.

Elle est depuis longtemps considérée comme une composante importante de la qualité de l’alimentation.

Les recherches montrent notamment qu’une plus grande diversité alimentaire est souvent associée à une meilleure adéquation en micronutriments. Plusieurs indicateurs de diversité alimentaire ont ainsi été développés pour évaluer la variété des régimes alimentaires. [2]

Mais il faut rester précis : manger varié n’est pas, à lui seul, une garantie de bonne santé.

La revue de Verger et al. montre que les indicateurs de diversité sont surtout utiles pour apprécier l’adéquation nutritionnelle, alors que leurs associations avec différents résultats de santé sont beaucoup plus variables. [2]

💡 Idée forte

Manger varié n’est pas seulement un conseil de bon sens : la diversité alimentaire peut être étudiée et mesurée comme un indicateur de la qualité nutritionnelle, notamment de l’adéquation en micronutriments.


2. Deux formes de diversité : entre les groupes et au sein d’un même groupe

Lorsque l’on parle de diversité alimentaire, on pense généralement à la diversité entre les groupes d’aliments :

  • fruits et légumes ;
  • légumineuses ;
  • céréales et autres sources de féculents ;
  • produits animaux ou alternatives végétales ;
  • fruits à coque et graines ;
  • matières grasses, etc.

Mais il existe une autre dimension, beaucoup moins visible : la diversité au sein même d’une catégorie d’aliments.

Deux espèces de poissons ne présentent pas nécessairement le même profil nutritionnel.

Deux variétés de pommes de terre appartenant à la même espèce peuvent également présenter des différences de composition.

Il faut donc distinguer plusieurs niveaux :

diversité entre groupes → diversité entre espèces → diversité entre variétés ou races.

Dans le domaine agricole, la diversité génétique au sein d’une même espèce correspond à ce que l’on appelle la diversité intra-spécifique. [1]

Cette distinction est importante : la diversité alimentaire ne se limite pas au nombre de groupes d’aliments présents dans l’assiette.


3. Une même catégorie d’aliment, des profils nutritionnels différents

Cette diversité n’est pas seulement théorique.

Des travaux ont cherché à mesurer la variabilité nutritionnelle entre différentes espèces et variétés d’un même type de produit.

🔬 Ce que montre la recherche

Kefi et Padilla ont appliqué un indicateur d’adéquation nutritionnelle, le MAR (Mean Adequacy Ratio), à plusieurs catégories d’aliments en utilisant des données de composition nutritionnelle et des quantités de consommation issues notamment de l’enquête INCA2. [1]

Pour les poissons, leur analyse portait sur 38 espèces et prenait en compte plusieurs vitamines et minéraux. Les auteurs ont observé des écarts importants entre les espèces : selon leur indicateur, les contributions nutritionnelles pouvaient varier dans un rapport allant jusqu’à 1 à 6. [1]

La pomme de terre fournit un autre exemple particulièrement parlant.

Parmi 68 variétés étudiées, la contribution nutritionnelle au fer variait de 0,4 % à 87 % et celle au calcium de 0,1 % à 23,4 %, pour la quantité de pomme de terre considérée dans leur modèle. [1]

Ces chiffres ne signifient évidemment pas qu’une variété de pomme de terre « contient 200 fois plus de fer » qu’une autre.

Ils correspondent à la contribution estimée aux apports nutritionnels recommandés dans le modèle utilisé par les auteurs.

C’est une distinction importante pour comprendre correctement les résultats.

💡 Ce que ces travaux nous apprennent

Un aliment n’est pas défini uniquement par sa catégorie.

L’espèce, la variété, les conditions de production et d’autres facteurs peuvent contribuer à faire varier sa composition nutritionnelle.

Et aucun aliment n’est dense dans tous les nutriments.

C’est précisément pourquoi la complémentarité et la diversité des aliments ont une place importante dans une alimentation globale.


4. Pourquoi cette diversité « invisible » tend-elle à se réduire ?

La biodiversité alimentaire ne dépend pas seulement de ce que nous choisissons de manger.

Elle dépend aussi de ce qui est cultivé, élevé, conservé, commercialisé et rendu accessible.

À l’échelle mondiale, une partie de la diversité des espèces et variétés agricoles reste peu représentée dans les systèmes alimentaires modernes.

Les recherches sur la biodiversité des fruits et légumes montrent que la conservation et l’utilisation de cette diversité restent insuffisantes dans de nombreux contextes, alors même que l’agrobiodiversité peut contribuer à élargir la diversité des aliments disponibles. [3]

Plusieurs facteurs peuvent intervenir : évolution des systèmes agricoles, sélection de variétés répondant à certains critères agronomiques ou commerciaux, évolution des habitudes alimentaires, disponibilité des produits, organisation des filières et préférences des consommateurs.

Il faut toutefois éviter une explication unique du type « agriculture intensive = aliments moins nutritifs ».

La composition nutritionnelle d’un aliment dépend de nombreux facteurs : espèce ou variété, génétique, sol, climat, maturité, pratiques agricoles, conditions de stockage et de transformation, entre autres.

🌱 Biodiversité et nutrition : deux questions liées

La biodiversité agricole et la diversité alimentaire sont donc liées, mais elles ne sont pas identiques.

Préserver une plus grande diversité d’espèces et de variétés peut contribuer à élargir les possibilités alimentaires et nutritionnelles disponibles.

Mais cette diversité ne devient réellement une diversité alimentaire que si elle est accessible, disponible et effectivement consommée. [3]


5. Le débat bio / conventionnel : une question parmi d’autres

Le mode de production revient souvent dans les discussions sur la qualité nutritionnelle des aliments.

Les recherches montrent que des différences de composition peuvent exister entre produits issus de l’agriculture biologique et conventionnelle, mais elles ne sont pas uniformes et dépendent notamment de l’aliment, du nutriment étudié et des conditions de production.

Pour certains végétaux, des différences ont été rapportées concernant certains composés bioactifs ou micronutriments. Pour les produits animaux, le mode d’élevage et notamment l’alimentation des animaux peuvent également modifier le profil en acides gras. [4,5]

Mais ces différences ne permettent pas de conclure à une supériorité nutritionnelle générale et systématique de tous les aliments biologiques.

Une revue récente portant sur les différences de micronutriments entre aliments biologiques et conventionnels rapporte justement des résultats variables : certaines études trouvent des concentrations plus élevées pour certains nutriments ou composés bioactifs, d’autres ne trouvent pas de différence notable, et certaines rapportent des concentrations plus élevées dans les produits conventionnels. [5]

💡 Message important

Le mode de production est une variable parmi d’autres de la composition d’un aliment.

Il ne faut donc pas opposer artificiellement :

bio = meilleur

et

conventionnel = moins bon.

De la même manière, la diversité des espèces et des variétés ne doit pas être considérée isolément.

Pour comprendre la qualité nutritionnelle d’un aliment, il faut regarder l’ensemble des facteurs qui la déterminent.


6. Comment appliquer ce principe de diversité au quotidien ?

Concrètement, la diversité peut devenir une habitude très simple.

🐟 Varier les espèces de poissons

Lorsque l’on en consomme, alterner poissons gras et poissons moins gras, espèces et modes de préparation permet de diversifier les apports nutritionnels.

🥕 Varier les fruits et légumes

Changer de couleurs, d’espèces, de familles botaniques et de produits au fil des saisons permet d’élargir la diversité des aliments consommés.

🌾 Varier les céréales et féculents

Ne pas limiter systématiquement ses choix au blé, au riz ou à la pomme de terre.

Selon les habitudes alimentaires, on peut intégrer différentes céréales, pseudo-céréales, tubercules et légumineuses.

🌱 Varier les sources de protéines

Alterner les sources animales et végétales permet également de diversifier les profils nutritionnels.

🌍 Explorer la diversité alimentaire disponible

Variétés anciennes ou locales, légumineuses différentes, graines, fruits et légumes moins courants : la biodiversité alimentaire peut aussi être une source de découverte et de plaisir.

Et surtout, il n’est pas nécessaire de chercher à tout consommer.

La diversité ne signifie pas accumulation.

Elle signifie surtout éviter la monotonie alimentaire.


7. Diversité alimentaire et sans gluten

L’exclusion du gluten peut, si l’on n’y prête pas attention, réduire involontairement la diversité alimentaire.

Le risque est notamment de remplacer systématiquement les produits contenant du gluten par un nombre limité de produits industriels de substitution, souvent construits autour des mêmes matières premières.

Or, l’univers naturellement sans gluten est beaucoup plus vaste.

On peut notamment explorer :

  • le sarrasin ;
  • le quinoa ;
  • le millet ;
  • le sorgho ;
  • le teff ;
  • la châtaigne ;
  • les légumineuses ;
  • le maïs ;
  • le riz ;
  • ainsi que de nombreux tubercules, fruits, légumes, graines et fruits à coque.

Cette diversité permet de varier les goûts, les textures, les usages culinaires et les profils nutritionnels.

🌾 Le sans gluten ne devrait donc pas être pensé comme une liste d’aliments à supprimer.

Il peut aussi devenir une invitation à redécouvrir la diversité des ressources alimentaires naturellement sans gluten.

Ce principe sera développé plus largement dans le territoire « Vivre sans gluten » et notamment dans la partie consacrée aux aliments, aux choix et à la qualité nutritionnelle.


Territoire 1 en résumé, et la suite

Cette page conclut le territoire « Comprendre les aliments ».

Nous avons commencé par comprendre les grands constituants des aliments :

macronutriments → micronutriments → fibres

Puis nous avons appris à regarder plus largement leur qualité :

composition → densité nutritionnelle → matrice alimentaire → transformation → qualité nutritionnelle

Et nous terminons avec une idée essentielle :

la diversité.

La diversité entre les groupes d’aliments, mais aussi entre les espèces et les variétés, contribue à élargir la palette nutritionnelle de notre alimentation.

Mais comprendre les aliments n’est qu’une première étape.

La question suivante est plus concrète :

Comment transformer ces connaissances en une alimentation saine, équilibrée et adaptée à ses besoins ?

C’est tout l’objet du territoire suivant :

« Construire une alimentation saine »


Ce qu’il faut retenir

Diversité entre les groupes d’aliments

Varier les grandes familles d’aliments et leurs sources nutritionnelles.

Diversité au sein d’un même groupe

Espèces, variétés et, selon les aliments, races ou types.

Composition nutritionnelle variable

Deux aliments appartenant à une même catégorie peuvent présenter des profils nutritionnels différents.

Complémentarité

Aucun aliment ne fournit à lui seul l’ensemble des nutriments nécessaires.

Une alimentation diversifiée

La diversité est une composante importante de la qualité de l’alimentation, notamment pour l’adéquation en micronutriments.

Territoire 2 : Construire une alimentation saine

Comment passer de la connaissance des aliments à la construction d’une alimentation équilibrée ?


Contenu rédigé par Djida Ayad, docteure en sciences agronomiques, enseignante-chercheuse, nutritionniste et cœliaque.


Glossaire de cette page

Biodiversité alimentaire — Diversité des espèces, variétés et, selon les systèmes alimentaires, races ou populations animales qui contribuent aux aliments consommés par les populations humaines.

Diversité alimentaire — Variété des aliments consommés, pouvant être évaluée à travers différents indicateurs portant notamment sur les groupes d’aliments et leur diversité.

Diversité intra-spécifique — Diversité génétique existant au sein d’une même espèce, notamment à travers différentes variétés végétales ou races animales.

Agrobiodiversité — Diversité biologique associée aux systèmes agricoles et alimentaires, comprenant notamment les espèces et variétés cultivées, les animaux d’élevage et les organismes associés aux agroécosystèmes.

Éco-nutrition — Approche qui cherche à mettre en relation les dimensions nutritionnelles, sanitaires, environnementales et agricoles des systèmes alimentaires.

Indicateur d’adéquation nutritionnelle — Outil permettant d’estimer dans quelle mesure les apports nutritionnels associés à une alimentation ou, dans certains travaux, à un aliment ou une catégorie d’aliments, contribuent aux besoins nutritionnels de référence.

MAR (Mean Adequacy Ratio) — Indicateur synthétique utilisé pour estimer l’adéquation moyenne des apports en plusieurs micronutriments par rapport à des valeurs de référence.

Densité nutritionnelle — Quantité de nutriments apportée par un aliment rapportée à la quantité d’énergie qu’il fournit.

Homogénéisation alimentaire — Tendance à la réduction de la diversité des espèces, variétés et aliments effectivement disponibles ou consommés au sein des systèmes alimentaires.


Références scientifiques

[1] Kefi F., Padilla M. (2015). La biodiversité naturelle et agricole garantit-elle la sécurité alimentaire des populations ? Responsabilité & Environnement, n°79, 61–67. DOI : 10.3917/re1.079.0061.

[2] Verger E.O., Le Port A., Borderon A., Bourbon G., Moursi M., Savy M., Mariotti F., Martin-Prevel Y. (2021). Dietary Diversity Indicators and Their Associations with Dietary Adequacy and Health Outcomes: A Systematic Scoping Review. Advances in Nutrition, 12(5), 1659–1672. DOI : 10.1093/advances/nmab009.

[3] Harris J., van Zonneveld M., Achigan-Dako E.G., Bajwa B., Brouwer I.D., Choudhury D. et al. (2022). Fruit and vegetable biodiversity for nutritionally diverse diets: Challenges, opportunities, and knowledge gaps. Global Food Security, 33, 100618. DOI : 10.1016/j.gfs.2022.100618.

[4] Srednicka-Tober D., Barański M., Seal C.J. et al. (2016). Composition differences between organic and conventional meat: a systematic literature review and meta-analysis. British Journal of Nutrition, 115(6), 994–1011. DOI : 10.1017/S0007114515005073.

[5] Micronutrient Differences in Conventionally and Organically Produced Foods (2025). Revue de la littérature portant sur les différences de vitamines, minéraux et composés bioactifs entre aliments issus de l’agriculture biologique et conventionnelle.

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